Ollantaytambo, site archéologique inca. Pérou

Histoire d’Ollantaytambo, forteresse inca

Lovées entre des montagnes arides et couleurs terres, les ruines d’Ollantaytambo sont l’incontournable étape pour qui veut visiter le célèbre Machu Picchu au Pérou. Les vestiges incas d’Ollantaytambo sont pourtant bien plus qu’une simple halte. Au coeur de la Vallée Sacrée péruvienne, la forteresse d’Ollantaytambo est un témoignage poignant de la grande et redoutable civilisation inca. Six siècles après avoir vu le jour, le complexe inca construit à flanc de montagne continuent de dominer la vallée. Ses énormes terrasses à l’herbe grillée par le soleil se confondent presque avec la montagne qui les soutient. Mais une gigantesque chenille multicolore rampant le long des terrasses vient rompre cette monotonie de couleurs. C’est toute une centaine de visiteurs qui tentent de se frayer un chemin dans les étroits passages et escaliers. Aux pieds de ce complexe de pierres, reposent les ruines d’un village inca. Quelle est l’histoire de la cité d’Ollantaytambo ?

La conquête d’Ollantaytambo par les incas

L’empire Inca fut une fulgurante puissance, bâtie en l’espace d’un siècle seulement (environ 1400 à 1532). Trois grands Incas conquérants en repoussèrent successivement les limites. Cet empire portait le nom de « Tahuantinsuyu », signifiant quatre quartiers ». Un homme en particulier jeta les bases de cet immense empire qui s’étendait du lac Titicaca jusqu’à la cordillère des Andes en passant par la côte aride du Pacific. Il s’agit de l’Inca Pachacutec. Gouvernant depuis Cusco, capitale de l’empire, Pachacutec conquit toute la région du Cusco, dont Ollantaytambo.

La conquête d’Ollantaytambo fut initiée par l’Inca Viracocha. Mais c’est véritablement son successeur, le conquérant Pachacutec, qui soumit la ville et sa population au XVème siècle. La ville restera inca jusqu’à sa soumission par les Espagnols en 1540.

Vue sur l'ancien village inca et la nouvelle cité d'Ollantaytambo, Pérou.
Vue sur l’ancien village inca et la nouvelle cité d’Ollantaytambo.

Complexe religieux, palais et forteresse

Sur le village d’Ollantaytambo, Pachacutec fit re-bâtir une cité à l’architecture inca. Sa construction aurait été réalisée dans la deuxième moitié du XVème siècle. Située à près 2800 mètres d’altitude et à 75 kilomètres de Cusco, la nouvelle ville était reliée à la capitale impériale par la célèbre route des Incas, « Qhapaq Ñan ». Des chemins secondaires la reliait aussi à Pisac et Moray. Sur les hauteurs, l’Inca fit bâtir un immense complexe combinant temples, palais et de nombreuses fontaines alimentées par des eaux souterraines.

Le style du complexe est immanquablement inca avec ses portes de forme trapézoïdale, ses niches murales et ses pierres parfaitement imbriquées les unes contre les autres. Tout en haut, trône un impressionnant temple du soleil, divinité si chère aux Incas. Ses dalles de pierre sont massives et nous font saisir toute l’importance du sanctuaire. Le temple du Soleil résista malheureusement mal au sac des conquistadors espagnols. Aujourd’hui, seuls demeurent six imposants monolithes de couleur rose.

Ollantaytambo offre également à la vue des voyageurs d’impressionnantes terrasses s’enfonçant dans la vallée sur près de 700 mètres. Ces terrasses sont typiques du style inca et se retrouvent dans de nombreux endroits de la vallée comme Pisac et bien sûr, l’immanquable Machu Picchu. Les terrasses étaient utilisées pour stabiliser l’énorme édifice construit en pente. Mais il est aussi possible qu’elles aient servi à cultiver le maïs destiné à l’élite.

Mur des six monolithes formant ce qui fut autrefois le temple du Soleil. Ollantaytambo.
Mur des six monolithes formant ce qui fut autrefois le temple du Soleil.
Fontaine d’Ollantaytambo

Ollantaytambo, un rôle stratégique pour le contrôle de la région du Cusco

Ollantaytambo possédait aussi des défenses militaires. Car ce lieu occupait un important rôle stratégique. La forteresse devait protéger Cusco, la capitale de l’empire, de potentielles attaques. Mais elle servait aussi d’avant-poste pour la conquête de la vallée sacrée et de la jungle située au Nord. Les Incas qui avaient assujetti ou chassé de nombreux peuples ne manquaient pas d’ennemis. Pourtant, aucun de ces adversaires n’étaient de taille à affronter les puissants Incas. Du moins jusqu’à ce que les conquistadors arrivent.

Les mystérieux murs sans joints des incas

Mur sans joint d’Ollantaytambo.

On voit souvent ces intrigants murs soutenir d’importants monuments incas comme les temples ou les palais. Comment les incas s’y prenaient-ils pour assembler ces énormes blocs de pierres sans joints apparents, sans mortier ? Certains blocs sont si bien alignés que l’on ne pourrait passer une feuille de papier entre eux. Les incas ne connaissaient ni la roue si le fer. Comment ont-ils donc fait ? Si la construction des murs reste un mystère à bien des égards, à commencer par le transport de ces pierres, plusieurs de leurs secrets ont cependant été percés.

Les archéologues savent par exemple que les incas exploitaient la forme naturelle des blocs ce qui explique leurs formes parfois irrégulières. Les incas devaient tout de même tailler ces pierres afin qu’elles s’emboitent. Les ouvriers incas utilisaient pour les façonner un matériau encore plus dur comme l’hématite. Les constructeurs incas accordaient par ailleurs un soin tout particulier à la façade faisant voir un encastrement parfait alors que l’arrière des pierres pouvait être comblé de sable et de cailloux.

Puis, afin de lier deux blocs entre eux, les ingénieurs incas utilisaient parfois des agrafes en bronze en forme de ‘T’. Cette technique fut héritée de la civilisation pré-inca de Tiwanaku. Enfin, les ‘bosses’ présentes sur certains blocs inachevés servaient probablement d’attache pour cordes afin de soulever les pierres. On peut voir de nombreux blocs de pierres présentant ces protubérances à Ollantaytambo, ce qui laisse penser que le site n’était pas tout à fait achevé à l’arrivée des Espagnols.

Invasion espagnole, Ollantaytambo bastion de la résistance Inca

A la fin des années 1520, un petit groupe de mercenaires européens menés par Francisco Pizarro s’approchent des côtes du Pérou. L’Inca régnant était alors Huayna Capac. L’empereur inca fut bientôt victime d’un mal mystérieux venu d’Europe, la variole. Il laissait derrière lui un empire certes large mais fragile. Car Tihuantinsuyu était né seulement un siècle auparavant. Les Incas avaient conquis et soumis des populations qui demeuraient très hostiles à leur autorité. Les Espagnols ne tardèrent pas à se rendre compte de cette haine des peuples locaux et surent la tourner à leur avantage. La mort de l’Inca entraîna par ailleurs une guerre de succession entre deux branches royales et deux demi-frères prétendants au trône, Huascar et Atahuallpa.

Atahuallpa, le dernier Inca

Atahuallpa sortit vainqueur au terme de violents affrontements. Peut-être trop grisé par sa victoire, il ne prit pas la menace au sérieux lorsque ses messagers lui rapportèrent l’arrivée des Espagnols. Les conquistadors furent invités par l’Inca à une rencontre à Cajamarca, dans le nord de l’actuel Pérou. Cette rencontre fut fatidique pour le nouvel Inca qui fut capturé par Pizarro et ses hommes en novembre 1532. Il sera exécuté quelques mois plus tard.

La rebellion de Manco

Terrasses d'Ollantaytambo, servant à soutenir la structure et à la culture du maïs.
Terrasses d’Ollantaytambo, servant à soutenir la structure et à la culture du maïs.

Après avoir capturé Atahuallpa, Pizarro mit sur le trône le jeune frère de l’Inca déchu, Manco. Pizarro pensait pouvoir en faire sa marionnette. Mais c’était sous-estimer Manco qui se rebella en 1536. Meneur de la résistance, Manco établit son quartier général à Ollantaytambo dont il renforça les fortifications. La partie sera cependant perdue et Manco devra trouver refuge à Vilcabamba. Quant à Ollantaytambo, la ville fut soumise à « l’Encomienda » par Francisco Pizarro en 1540. L’Encomienda visait à récompenser les conquistadors en leur donnant le droit de lever tribut auprès des populations locales. Ils se devaient en échange de les ‘protéger’ et de les évangéliser. En d’autres termes, il s’agissait de travail forcé tout en éradiquant les croyances des peuples andins.

Les fils de Manco, Titu Cusi et Tupac Amaru, signifiant « Serpent resplendissant », poursuivront la résistance jusqu’aux années 1570. Vilcabamba devint le dernier bastion de la résistance inca. Mais le 24 juin 1572, les Espagnols s’emparent de Vilcabamba.

Tupac Amaru finira par être capturé par les Espagnols et décapité plusieurs mois plus tard signant la fin définitive de l’empire inca. Quant à Vilcabamba, ce lieu de la résistance inca deviendra une cité mythique et perdue qu’un célèbre explorateur se mit un jour en tête de retrouver. Son nom était Hiram Bingham. En 1911, l’aventurier s’arrêta à Ollantaytambo avant s’entreprendre son exploration dans les montagnes et la jungle. Il découvrit effectivement des ruines. Mais elles n’était pas celles de Vilcambamba. Hiram Bingham venait de découvrir le Machu Picchu.


Pour en savoir plus, je vous conseille:

« Pérou préhispanique, du peuplement jusqu’aux Incas », Milosz Giersz et Patrycja Przadka Giersz

« Les Incas, peuple du soleil », Carmen Bernand

« Descubriendo Cusco y el Gran Imperio Inca », Jose Miguel Helfer Arguedas

« Historia del Tahuantinsuyu », Maria Rostworowski de Diez Canseco

 »Les dernier feux des révoltes incas », Bernard Grunberg, Historia Spécial 54, Juillet-Août 2020

Village d’Ollantaytambo, Pérou