Thaïlande : à la découverte de l’histoire de Sukhothai

Thaïlande : à la découverte de l’histoire de Sukhothai

Des vestiges de temples s’étendant à perte de vue, de magnifiques monuments se reflétant dans l’eau qui les entoure, des fleurs de lotus par centaines flottant sur l’eau, de gigantesques bouddhas, une atmosphère de paix et de spiritualité. Bienvenue à Sukhothai, l’un des sites historiques les plus extraordinaires de Thaïlande. Située à mi-chemin entre Ayutthaya et Chiang Mai, Suthothai fut en son temps une puissante et grandiose cité. Fondé en 1238, Sukhothai signifiant « l’aube de la félicité », est souvent considéré comme étant le premier grand royaume de Thaïlande avant d’être concurrencé par Ayutthaya. Le royaume de Sukhothai s’étendait à son apogée jusqu’au Laos, la Birmanie et Nakhon Si-Thammarat dans le Sud sur la péninsule malaise. Ses trésors architecturaux et artistiques font de Sukhothai une merveille archéologique et historique que je vous propose de découvrir.

Les origines de Sukhothai

Sukhothai était à l’origine un avant-poste du peuple khmer (occupant le territoire de l’actuel Cambodge) qui dominait alors la région et qui occupa un rôle essentiel dans l’histoire de la Thaïlande (cf. article sur l’histoire d’Ayutthaya). La ville doit sa renaissance en tant que capitale royale à un prince thaï qui souhait s’émanciper de la tutelle du royaume khmer d’Angkor. Ainsi en 1238, le prince Inthradit (1239-1259) mit en déroute la garnison khmer de Sukhothai dont il s’empara. Il fut le premier roi de Sukhothai. Occupant une position stratégique, Sukhothai s’étendit rapidement aux petites principautés de la région pour finalement devenir une véritable puissance dominant un vaste territoire. Les seigneurs thaïs parvinrent à imposer leur pouvoir et leur influence par des jeux d’alliances et de mariages avec les familles royales des empires voisins.

Parc historique de Sukhothai

Parc historique de Sukhothai

La cité connut son âge d’or sous le règne du souverain Rama Khambeng (1279-1298) dit « Rama l’intrépide ». Il devint le troisième souverain de Suthothai en 1279. Il obtint son surnom « d’intrépide » lorsqu’à l’âge de 19 ans il défia en duel le souverain d’un état voisin. Il sortit vainqueur de ce combat à dos d’éléphant. Sous son règne, le royaume s’élargit jusqu’au Laos, aux plaines centrales de Thaïlande et à jusqu’à la péninsule malaise. Son royaume intégrait la ville de Sukhothai et les petites cités de Sawankhalok : Uttaradit, Kamphaengphet et Tak.

Si le nouveau souverain était un homme ambitieux et déterminé, il était également un habile politicien, bon envers ses sujets, soucieux de justice et de bien-être pour son peuple. Le roi est ainsi souvent mentionné en tant que « seigneur père ». Il sut nouer des alliances politiques pour protéger son royaume (avec le royaume de Lan Na dont la capitale correspond à l’actuelle Chiang Mai et avec la Chine qui constituait une sérieuse menace). Rama Khambeng est aussi célèbre pour ses victoires militaires autant que pour sa qualité de souverain éclairé faisant preuve d’une grande humanité envers son peuple. Il sut également développer l’économie du royaume. Rama Khambeng fut en effet à l’origine de l’instauration d’un système de libre échange.

Rama Khambeng fut un monarque très religieux qui milita en faveur de la ligne « pure » du bouddhisme theravada qui est aujourd’hui la religion nationale en Thaïlande et la religion dominante dans l’Asie du Sud-Est. Le gouvernement de Rama Khambeng fit construire de nombreux monastères et envoya des missionnaires dans le pays. Il fut enfin un grand réformateur qui posa les bases de l’alphabet thaï moderne. Le langage officiel devint le Siam Thaï comportant des éléments des écritures khmers et môns.

On retrouva des écrits de ce nouveau langage sur une stèle de 1292 décrivant la vie du royaume prospère de Sukhothai et dépeignant les exploits du roi thaï. Quelques autres souverains contribuèrent également au façonnage de la grande Sukhothai. Son successeur Li Thai, participa ainsi au rayonnement architectural et artistique de la cité, faisant de Sukhothai un plus grand centre religieux.

La naissance du bouddhisme Theravada à Sukhothai

Bouddha en marche de Sukhothai

Bouddha en marche de Sukhothai

Souhaitant s’affranchir de ses anciennes autorités kmers, Suthothai laissa de côté le bouddhisme Mahayana du royaume d’Angkor, pour adopter le bouddhisme Theravada originaire du Sri Lanka.

Le bouddhisme Therevada se propagea en Asie du sud-est, touchant la Birmanie, la Thaïlande et le Cambodge entre le XIème et le XVème siècle. Cette branche adhère aux principes conservateurs du Bouddhisme et cherche à préserver les doctrines originales.

Les adeptes du bouddhisme Mahayana croyaient pour leur part en l’atteinte de l’illumination et à l’effacement de l’ignorance. Ils vénéraient les Bodhisattvas, c’est-à-dire des individus ayant atteint l’état d’illuminé, qui pouvaient donc entrer au Nirvana, mais ayant choisi d’y renoncer pour aider l’humanité qui souffre sur Terre.

Ce changement religieux influença fortement l’architecture de la cité, rendant unique l’art de Sukhothai et en faisant un art proprement thaï. Il s’exprime notamment à travers les représentations de Bouddha se caractérisant par des courbes douces, des contours arrondis, de larges épaules mais aussi une taille très fine. Ces bouddhas sont aussi dotés d’une coiffe en forme de flamme, le pan de leur robe est ramené sur l’épaule gauche et s’achève par un drapé à la taille. Quant au visage, on observe que les sourcils sont plus arqués et le visage est allongé.

Quatre types de bouddhas dominent Sukhothai : le bouddha assis dans la position du lotus avec la main droite touchant le sol, le bouddha debout, le bouddha couché et le bouddha en marche. Le bouddha « en marche » est d’ailleurs propre à l’art de Sukhothai. Le talon levé, il donne une impression de grâce figée pour l’éternité (cf. photo ci-contre). Cependant, peu de ces bouddhas se trouvent encore à Suthothai. On les trouve pour la plupart dans les musées de Sukhothai et de Bangkok. Durant le règne de Li Thaï (1347-1368), des empreintes de pas de bouddhas en pierre ou en bronze virent également le jour, symbolisant sa présence dans la cité. Les rois de Sukhothai avaient le rôle de gardiens des fondations religieuses du royaume.

Le renouveau artistique

Cette volonté d’indépendance eut également un impact sur l’architecture de Sukhothai. Les ‘prangs’ de type khmer (tours aux origines hindouistes représentant les 33 niveaux célestes du mont Meru, demeure des dieux dans la mythologie hindoue – cf. article sur la visite d’Ayutthaya) furent remplacés par les ‘chedis’, monuments en forme de cloches d’inspiration khmer et birmane. Reposant sur une base carrée, les chedis s’élancent élégamment vers le ciel et sont surmontés d’une flèche (voir photo ci-dessus). Ils recueillaient des reliques de Bouddha ou des cendres de la famille royale. Ils étaient également percés de petites niches accueillant des représentations de Bouddha.

Tout comme à Ayutthaya, chaque temple était entouré d’un fossé d’eau rempli de fleurs de lotus, représentant les océans séparant les hommes des royaumes des dieux.

Wat Sri Chum - Bouddha du XIVème siècle

Wat Sri Chum – Bouddha du XIVème siècle

D’où vient cette influence de l’hindouisme dans l’architecture?

La mythologie hindoue a fortement marqué l’architecture thaï, que ce soit à Sukhothai ou à Ayutthaya. Elle se retrouve ainsi dans les prangs représentant le mont Meru, dans le trident qui les surmonte, symbole divin d’Indra roi de tous les dieux, dans les étangs d’eau représentant les océans séparant les hommes des dieux, dans les figures mythologiques ornant les temples comme les garudas (oiseaux qui veillent sur les temples) et les nagas (serpents qui servent le dieu Vishnu) etc. L’hindouisme était en effet la religion dominante avant d’être éclipsée par le bouddhisme qui fut introduit en Thaïlande au cours du IIème et IIIème siècle après J.C. Le bouddhisme se développa fortement entre le VIème et VIIème siècle. Les représentations de bouddha remplacèrent ainsi les dieux hindous. Malgré tout, l’hindouisme continua à marquer l’architecture et se retrouve donc dans de nombreux temples de Sukhothai (comme le Wat Si Sawai et le Wat Phra Phai Luang) et d’Ayutthaya.

Reproduction d'un four de poterie

Reproduction d’un four de poterie

Sukhothai fut aussi marquée par les échanges avec les puissances voisines. Les artisans potiers de Chine furent invités à Sukhothai par le roi Rama Khambeng pour faire partager leur talent et techniques conduisant ainsi à la création d’ateliers de poterie à Celadon et Sangkhalok. Cela permit à la cité de réaliser de formidables céramiques de couleurs blanches ou bleues dans les fours de Sukhothai (cf. la photo ci-contre représentant une réplique d’un de ces fours) et qui étaient ensuite exportées vers les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie et le Japon.

Le déclin de Sukhothai au profit d’Ayutthaya

A la mort de Rama Khambeng en 1298, son fils Lo Thai (1298-1347) lui succéda. Mais le nouveau souverain trop absorbé par la religion et la construction de temples destinés à améliorer son image, ne fut pas à la hauteur de la tâche accomplie par le père et le royaume commença à perdre de son influence.

En 1320, Suthothai n’était plus le puissant territoire qu’il était sous le règne du roi Rama Khambeng. Malgré tout, le roi Li Thai (1347-1368), successeur de Lo Thai, parvint à restaurer l’unité du royaume en affrontant les principautés qui avaient déclaré leur indépendance. Très religieux, il contribua aussi à l’essor du bouddhisme et au développement architectural de Sukhothai. Mais cela ne suffit pas à sauver le royaume de son déclin. Au milieu du XIVème siècle, l’essor des deux royaumes concurrents, Lan Na et Ayutthaya mit sérieusement en difficulté Sukhothai. Le royaume s’émietta, de nombreux territoires furent perdus.

La cité finit par être conquise par Ayutthaya en 1438 et fut annexée au royaume avant d’être progressivement abandonnée. Le dernier monarque de Sukhothai abdiqua en faveur du royaume d’Ayutthaya.

Autrefois grande cité prospère, Sukhothai s’effaça des mémoires jusqu’au XVIIIème siècle où elle refit surface. En effet, en 1782 le roi Rama Ier, premier souverain de la dynastie actuelle des Chakri, chercha à légitimer son pouvoir en le rattachant à l’ancienne cité royale de Sukhothai. Il fit ainsi décorer les temples de Bangkok avec des centaines de statues provenant de Sukhothai.

Enfin, une seconde vie s’offrit à Sukhothai avec les travaux de restauration qui débutèrent en 1977. Le site est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’Unesco et constitue un parc historique hors du commun.

Temple de Sukhothai

Temple de Sukhothai

Cliquer ici pour une visite de l’ancienne cité de Sukhothai

Pour en savoir plus sur l’histoire d’Ayutthaya je vous conseille de lire l’ouvrage « Thailand Condensed » d’Ellen London – Marshall Cavendish Editions – 2011.

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Jess Bontemps

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