Histoire de la tour du tambour de Pékin

Histoire de la tour du tambour de Pékin

Alors que je fis mes premiers pas dans le coeur historique de Pékin, l’imposante tour du tambour m’apparut sous un ciel étonnamment bleu et dégagé. Les doux rayons du soleil faisaient ressortir l’éclat rouge écarlate de ce magnifique bâtiment. Cette tour de 46,7 mètres de hauteur est unique à bien des égards. Equipée de 25 énormes tambours, elle était destinée à donner l’heure aux Pékinois. La vie des habitants était ainsi rythmée par le son grave de ces instruments. La tour s’acquitta de cette tâche pendant six siècles sous les dynasties Yuan, Ming et Qing. Témoin de la conquête de la Chine par les Mongols puis de la chute de leur dynastie, la tour du tambour nous invite à nous plonger dans la passionnante histoire de la Chine ancienne. Enfin, cette tour nous fait découvrir les ingénieux instruments de mesure du temps autrefois utilisés en Chine.

La tour du tambour, vestige des invasions mongoles

Nous sommes en 1210. L’armée du célèbre Ghengis Khan envahit le Nord de la Chine et se lance dans la sanglante conquête d’un immense empire. Pékin, qui se nommait alors Zhongdu, était la capitale de l’empire Jin (en savoir plus sur l’empire Jin des Jürchen en cliquant ici). La ville fut prise et détruite par les Mongols en 1215. Mais une cinquantaine d’années plus tard, Kubilai Khan, le petit-fils de Gengis Khan, reconstruit la cité dont il fit sa nouvelle capitale. Il la nomma Khanbalik. Ce déplacement de capitale à 1500 kilomètres de Karakorum, ancienne capitale mongole, montre bien les ambitions territoriales des Mongols vis-à-vis d’une Chine qui sera entièrement conquise en 1279. Kubilai Khan fit construire dans sa nouvelle capitale des remparts (à partir de 1267), un palais imperial (à partir de 1274) et la tour du tambour. Sa construction débuta en 1272.

Tour de la cloche faisant face à la tour du tambour. Elle fut construite sous la dynastie Ming

Tour de la cloche faisant face à la tour du tambour. Elle fut construite sous la dynastie Ming

Kibulai Khan, régna pendant près de 30 ans sur son empire et fut celui qui acheva la conquête de la Chine du Sud en 1279 (en savoir plus en cliquant ici). Il est aussi celui qui proclama en 1271 la fondation de la dynastie Yuan. Cette dynastie allait régner sur la Chine jusqu’en 1368. Des vagues d’insurrection d’origine populaire allaient en effet conduire à l’établissement d’une nouvelle dynastie, celle des Ming.

Celui qui fut sans doute l’un des plus grands empereurs de la dynastie Yuan fut aussi rendu célèbre par le récit de Marco Polo. Le fameux marchand Vénitien aurait rencontré le grand Khan après un périlleux et long voyage à travers l’Asie. Une entrevue avec Kubilai aurait eu lieu à Shangdu, la capitale d’été, puis à Pékin en 1275. Investi de la confiance de l’empereur, Marco Polo aurait été chargé de diverses missions dont l’administration de la ville commerçante de Yangzhou. Il aurait séjourné à la cour du grand Khan pendant près de vingt ans.

A son retour en Italie en 1298, Marco Polo fut fait prisonnier par la République de Gênes alors en conflit avec la République de Venise. Dans la prison de Gênes, il fit la rencontre de son compagnon de cellule, l’écrivain Rustichello. Il lui conta ses extraordinaires aventures que le poète entreprit d’écrire. Cette rencontre fortuite donna naissance au célèbre livre le ‘Devisement du monde‘ aussi appelé ‘Livre des Merveilles‘.

La tour du tambour ayant été construite en 1272, est-il possible que Marco Polo ait pu voir l’édifice qui se dresse aujourd’hui devant nous? L’idée est séduisante. Malheureusement, la tour fut victime d’un incendie peu de temps après sa construction et dut être reconstruite sous le règne de l’empereur Temür Khan en 1297 (empereur Chengzong en chinois). Elle fut ensuite reconstruite au XVème sous la dynastie Ming.

Tour du tambour - Pékin - Chine

Tour du tambour – Pékin – Chine

La mesure du temps en Chine ancienne

Revenons-en à notre édifice. La tour possédait 24 tambours et 1 tambour principal. Le chiffre 24 n’est pas anodin. Il représentait les 24 Qi, c’est à dire les périodes solaires du calendrier lunaire chinois. Aujourd’hui, seul un tambour existe encore. Ce vestige du temps préservé derrière une vitrine dans la tour du tambour est massif: 1,4 mètre de diamètre et 2,2 mètres de hauteur.

En face de la tour du tambour, se dresse la tour de la cloche. Cette autre indicateur du temps fut construit sous la dynastie Ming. La tour abrite une immense cloche dont le corps fait 5,55 mètres de hauteur. Il est dit que le son de cette cloche en bronze était si puissant qu’il résonnait jusqu’à l’extérieur de la capitale, à plus de 5 kilomètres à la ronde.

Mais comment le temps était-il mesuré en Chine ancienne? Les Chinois ont développé plusieurs ingénieuses façons de mesurer le temps. Parmi elles se trouve:

  • Le cadran solaire que nous connaissons bien et qui se sert du changement de position de l’ombre pour mesurer l’écoulement le temps.
  • Le clepsydre ou horloge à eau qui utilise l’écoulement de l’eau comme mesure du temps.
  • L’horloge à encens qui repose sur le temps nécessaire pour bruler une quantité définie d’encens.
  • La machine à billes métalliques roulantes, le Beilou, qui s’appuie sur la vitesse de roulement des boules de métal.
L'encens, mesure du temps en Chine ancienne

L’encens, mesure du temps en Chine ancienne

Repose sur ce magnifique dragon un baton d'encens de mesure du temps.

Repose sur ce magnifique dragon un baton d’encens de mesure du temps.

Une énorme machine en bronze trône dans la tour du tambour. Appelée ‘Bronze Kelou’, elle était autrefois utilisée comme instrument de mesure du temps dans la tour du tambour. Elle était composée de quatre clepsydres qui mesuraient le temps en régulant l’écoulement de l’eau. Chaque quart d’heure, un mécanisme était activé et des cymbales se frappaient automatiquement 8 fois.

Cette tour du tambour qui assista à la naissance et la chute de trois dynasties rythma ainsi la vie de Pékin pendant près de 652 ans. Elle cessa définitivement ses fonctions en 1924. Mais aujourd’hui, ses tambours reconstitués vibrent de nouveau, non plus pour donner l’heure mais pour continuer à faire vivre la tradition.

 

 Pour en savoir plus sur l’histoire de Chine et Marco Polo je vous conseille: 

Le monde chinois 2. L’époque moderne, Xe siècle – XIXe siècle‘, Jacques Gernet, éditions Armand Colin

Documentaire ‘Marco Polo, Explorateur ou Imposteur‘, Arte

Les ombres chinoises de Marco Polo‘, Christine Gadrat-Ouerfelli, Historia ‘Les voyages extraordinaires

L’idée reçue: Marco Polo découvre la Chine‘, Olivier Tosseri, mensuel 764, septembre 2010

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Jess Bontemps

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